Comment filmer une manifestation ?

Chronique de la Place de la toile du 22 juin : « Archives, données, oubli« 

How to film a revolution ? 

Comment filmer une révolution ? C’est le titre de la vidéo dont je pars aujourd’hui, elle est signée TheOccupyMovie et fut mise en ligne fin décembre 2011. Elle démarre avec une vue aérienne de manif, probablement filmée depuis un drone, avec un fonds musical qui semble nous dire qu’il s’agit là de quelque chose de grave et d’exaltant à la fois…

C’est d’ailleurs intéressant cette réappropriation civile du drone pour témoigner de mobilisations… depuis le parc Zucotti à NY en 2011 jusqu’à la place Taksim ces derniers jours en Turquie, je regarde une petite sélection de vidéos aériennes… comme quoi le drone n’est pas qu’en concurrence avec l’attentat kamikaze. Mais je reviens au tutoriel « comment filmer une révolution » dont je traduis les premières phrases : « Comme à chaque fois qu’émerge un mouvement pacifique, l’état sortant déploie ses forces, cela aboutit à des scènes de violence… Violence qui prolonge et justifie la mission de l’Etat d’assurer la sécurité du public… ce cercle vicieux est très utile aux dirigeants politiques, il leur sert à maintenir leur pouvoir . Seulement parfois une vidéo peut changer tout ça, et faire bouger l’opinion publique… » et de glisser des images de Gandhi ou du tabassage de Rodney King… autant d’images qui ont eu leurs effets politiques. D’où peut venir cette vidéo qui change tout ? « Non pas des médias de masse, poursuit le tutoriel, qui sont trop gros, trop lents, mais de vous, citoyen muni d’une caméra… ».Une vidéo témoignant de brutalité policière, vite montée, vite mise en ligne, bientôt virale… Tunisie, Egypte, mouvements Occupy, Syrie… Turquie, et aujourd’hui Brésil, ces vidéos ne manquent pas… d’autant que de plus en plus d’outils permettent de faire facilement des petits montages, il n’y a qu’à voir l’essor de Vine en ce moment (et Instagram qui lance Instavideo), une application conçue par Twitter qui permet de faire des petits clips de quelques secondes, à mi-chemin entre le GIF et la vidéo plus longue… et de les partager aussi sec sur les réseaux.

Je passe sur les nombreuses études sur la place et le rôle des réseaux prise depuis une quinzaine d’années dans les mouvements sociaux sur l’air du « ne regardez pas les médias, soyez le média », cet activisme contemporain ou hacktivisme, où l’on se demande par exemple si les médias sociaux engendrent un type particulier de protestations ? Je lance une petite recherche google, et je tombe par exemple… sur un manuel de l’activisme vidéo paru en 1997. Donc ça ne date pas d’hier, c’est déjà un truc bien inscrit dans la culture militante altermondialiste notamment. On pourrait aussi bien faire remonter cette histoire au Portapak, première caméra portable sortie par Sony en 1967 (Cf. ce séminaire du Center for Social Media en 2004 ; cf. aussi Médiactivistes, par D. Cardon et F. Granjon). Ce qui est sûr c’est que lesdits médias sociaux engendrent un type particulier de vidéos, le site anthropologie du présent en recense des dizaines chaque jour, lesquelles vidéos peuvent avoir un effet gigantesque, à condition qu’elle soient suffisamment circonstanciées pour être reprises par des médias plus installés, qui trouvent là l’occasion d’obtenir ce récit de l’intérieur qui leur fait si souvent défaut… Il faudrait également parler du rôle des livestream… ces flux en temps réel d’un événement, mais je reviens à mon tutoriel… et à ses cinq règles :

1. Appeler toujours plus de gens à filmer, cela a déjà un effet considérable. Gueuler « camera ! » quand ça commence à chauffer…

2. Ne pas filmer verticalement, la vidéo sera bonne à jeter…

3. Garder ses distances : impossible de filmer si on se blesse ou si on est arrêté…

4. Se protéger, être attentif aux canons à eau, matraques, lacrymo et autres trouvailles de policiers de plus en plus équipés pour la guérilla urbaine…

Enfin, 5. Défendre ses droits à filmer dans l’espace public, et en particulier les actions de la police.

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Et de détailler trois formations correspondant à trois situations :

– lorsque l’action est tout autour des cameramen, se mettre dos à dos et se déplacer en cercle en faisant bloc, pour avoir le plus de prises de vues possible.

– si l’action est concentrée en un point, c’est l’inverse : aux cameramen d’entourer l’action, toujours dans l’idée de multiplier les perspectives sur elle.

– si la situation est plus chaotique, avec des actions et des petites formations vidéo un peu partout, privilégier la formation en V, avec un téméraire au plus proche de l’action, et d’autres qui le suivent, filmant et l’action et le cameraman au plus proche de l’action… si celui-ci se fait attraper, reformer un V. Le plus important, conclut la vidéo, étant de réfléchir en terme de petite unité. Puis il faudra poster la vidéo le plus rapidement possible, en basse résolution, avec indication de lieu, d’évènement, de date, etc. un titre et une licence de type creative common.

Voilà pour la recette de ce nouveau genre audiovisuel.

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