Marissa Mayer, executive woman

Chronique de la Place de la toile du 25 mai « Cryptologie et informatique : une histoire d’amour »

Pourquoi Marissa Mayer fascine-t-elle tant ? 

 Parce qu’elle est jeune, 38 ans, riche, puissante (32e femme la plus puissante du monde d’après Forbes, 14e la plus influente d’après Fortune) ? Parce qu’elle classe dans l’ordre de ses priorités « Dieu, la famille et Yahoo » ? Parce qu’elle est belle et blonde, parce qu’elle porte des Louboutin à voir la photo retenue par Libération dans son portrait du 20 mai dernier ? Parce qu’elle est une « ballerine qui code », capitaine des pom pom girls au lycée, danseuse classique et étudiante en intelligence artificielle à Stanford, première femme ingénieure recrutée chez Google en 1999, 20e recrue de la firme (notons au passage qu’il aura tout de même fallu attendre la 20e embauche…) ? Sans doute un peu pour tout ça, et dans le lot il n’y a pas que des bonnes raisons, il n’y a qu’à lire les commentaires sexistes qui ont accompagné son arrivée chez Yahoo !

Mayer émerge comme le visage de Google en 2005, où elle est présentée comme la « reine des grandes idées », célébrée pour son flair et ses qualités de manageuse dans le cadre du programme APM, vivier d’ingénieurs d’où sont sortis le navigateur Chrome ou l’outil de statistiques Analytics . En 2013, elle s’est ainsi retrouvée dans un documentaire produit par la télé publique américaine : Makers : les femmes qui font l’Amérique, aux côtés d’Hillary Clinton ou d’Oprah Winfrey, et d’autres, moins célèbres et puissantes, employées de compagnies téléphoniques ou mineuses de charbon.

On dit qu’elle ne s’épanouissait plus chez Google, Mayer a donc accepté de Yahoo ! une offre qu’elle ne pouvait refuser, près de 90 millions de dollars sur 5 ans, et un nouveau défi : relancer la firme, relancer le portail de recherche et d’actualités, relancer les services d’hébergement mail, web et photos avec Flickr [pour le meilleur, ou pour le pire ?], bref redynamiser une firme en perte de vitesse, malgré son association avec Microsoft, depuis le milieu des années 2000, période à laquelle #Yahoo était numéro 1 sur le web.

yahoo march99yahoomag

Réorientation stratégique qui passe donc par des reventes de parts (celles d’Alibaba en Chine), et des rachats de start-ups (mais pas Dailymotion), jusqu’à ce rachat, spectaculaire, de la plateforme de blog favorite des jeunes et des GIFs : Tumblr, ses 110 millions de comptes et données personnelles associées, pour plus d’1 milliard de dollars (il semble que ce soit le tarif pour un image board, cf. le rachat d’Instagram par Facebook) ; Tumblr qu’il va falloir désormais rentabiliser un peu plus, mais sans dénaturer la plateforme, ayez confiance les jeunes : « On va pas la planter » assure Marissa Mayer.

Le jour de son embauche, à l’été 2012, Marissa Mayer annonçait être enceinte. Il n’en fallait pas plus pour déclencher ce qu’on osera pas appeler un « débat d’idées », sur la place des femmes dans la société, et particulièrement celle des femmes cadres, et de leur capacité à concilier famille et travail, responsabilité de l’enfant et de l’actionnaire. Débat auquel participent aussi Sheryl Sandberg, la directrice générale de Facebook, auteure d’un livre « En avant toutes !» qui veut inciter les femmes à ne surtout pas avoir peur de montrer leurs émotions sur leurs lieux de travail… Lieu de travail qu’elle même dit quitter à 5h30 tous les jours pour s’occuper de ses enfants ; débat lancé par un long article d’Anne-Marie Slaughter, « Pourquoi les femmes, encore aujourd’hui, ne peuvent pas tout avoir ».

Mayer refuse de prendre part au débat, laissant parler les actes : elle promet 16 semaines de congés payés aux futures mères, la moitié pour les pères, un changement de paradigme par rapport au droit américain en la matière. Dans le même temps, elle mettait fin au télétravail au sein de Yahoo… Les employés étaient invités à regagner leurs bureaux pendant que Mayer installait une nurserie à côté du sien. Donc pourquoi la PDG Marissa Mayer fascine-t-elle tant ? Parce qu’elle a tout, le pouvoir de tout avoir et l’argent d’avoir le temps ; parce qu’elle est un modèle éthique de capitaliste cognitif.

Voir aussi : 

#Marissa Mayer sur Seenthis

« Où sont les femmes ? »

Et #pdlt : « Du sexisme et du féminisme chez les geeks »

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