Bitcoin, bulle paroxystique

Chronique de la Place de la toile du 13 avril 2013, « Islande et numérique » avec P. Riché, J. Zimmermann et L. Gestsdottir-Gayet

Pourquoi le cours du Bitcoin est-il si volatil ? 

A l’origine de cette question, les fluctuations outrancières de la monnaie virtuelle la plus célèbre de la toile, bitcoin, monnaie virtuelle décentralisée fonctionnant en pair à pair, sans autorité centrale, sans banque pour battre pièces et billets, garantir les dépôts, assurer les crédits et identifier voire taxer ses clients. On pense à Chypre, évidemment, ou aux paradis fiscaux de l’actualité, et certains n’hésitent pas à faire les parallèles… prouvant combien Bitcoin est autant une réalité économique qu’un projet politique, promesse d’émancipation et du marché et de l’État.

C’est pas pour rien qu’elle fait rêver le libertarien suédois Rick Falkvinge, un des fondateurs du parti pirate, qui y voyait naguère le napster de la banque, le trublion qui allait rebattre les cartes de l’industrie bancaire comme le fit napster avec l’industrie musicale… aujourd’hui, Falkvinge ne voit plus seulement du Napster en Bitcoin, mais carrément du Skynet, l’ordinateur destructeur de Terminator : bitcoin ou la bulle financière qui aura raison – enfin ! – de nos « démocraties » sous tutelles ! Enfin libre ! De l’air, de l’air ! De l’air pour gonfler une bulle où tout l’argent du monde pourrait trouver refuge… Un asile pour des individus libres, souverains, voilà !

Bitcoin est à la fois une devise et un code logiciel basé sur un algorithme complexe pour permettre des transactions, associé à des protocoles cryptographiques pas moins complexes pour protéger ces transactions. Bitcoin existe depuis à peine 4 ans… et ses origines restent mystérieuses. Ce n’est pas la première fois qu’on parle de krach à son sujet… mais ces jours-ci ça a pris une toute autre ampleur, et des médias qui n’en avaient pas l’habitude s’en sont saisi, signe que le yoyo de la spéculation est bel et bien lancé et relancé à mesure que croît l’intérêt pour la devise : le cours du bitcoin, est en effet passé de 20$ le bitcoin en janvier 2013 à 260$ le bitcoin il y a quelques jours, avant de retomber à 100… puis de remonter. Longtemps associée à SilkRoad, sorte de « Rue du commerce » illicite où on peut acheter de la poudre et des cachetons, de plus en plus d’entreprises « légitimes » proposent désormais le bitcoin comme monnaie d’échange… Quant à la masse monétaire représentée par l’ensemble des bitcoins actuellement en circulation, elle se chiffrerait désormais en milliards, alors qu’elle ne dépassait pas le million de dollar il y a un an.

how a bitcoin transaction works

C’est un tweet du Captain Jack Sparrow qui m’a alerté : « OMG – oh my god – le bitcoin descend en flèche oh putain panique bordel vendez tout biatch apocalypse is comin fin du mon zOMG ». En réalité, ce qui a commencé comme un jeu de geek utopiste est devenu très sérieux : monnaie refuge pour les chypriotes disent certains ! Arnaque à la Ponzi, où seuls les premiers investisseurs peuvent gagner, pour d’autres. En tout cas un truc très étrange et très gourmant en ressources pour les ordinateurs en réseau qui procèdent aux échanges, puisque chaque transaction en bitcoin vient s’ajouter à l’ensemble des transactions précédentes. Si je suis possesseur d’un compte, compte qui n’est pas « en banque » donc, mais compte au sens strict, c’est à dire possesseur d’une suite de chiffres et d’un mot de passe – à ne surtout pas perdre car aucune « autorité » ne pourrait alors me le renvoyer ; si donc j’en suis là et que je veux récupérer ne serait-ce que quelques centimes de bitcoin qui me sont dûs, eh bien je récupère aussi ce qu’on appelle des blocs de transaction, des suites de chiffres et de comptes, recalculant l’ensemble du parcours qui a conduit le bitcoin à mon porte-monnaie virtuel… autrement dit plus ça va, plus c’est lourd, mais comme les ordinateurs et les connexions sont de plus en plus puissants, en même temps. Plus ça va, plus il y aura de bitcoins en circulation, à fréquence déterminée, mais le volume total n’excèdera jamais 21 millions de bitcoins, le logiciel est conçu comme ça, c’est mathématique. Imaginez, si on connaissait le stock d’euros maximal que la BCE était privée de sa prérogative décisive, battre monnaie, et remplacée par un algorithme.

The Rise and Fall of Bitcoin

Voilà donc pourquoi le bitcoin est si volatil, c’est parce qu’on y met ce qu’on veut ! Qu’il ne repose sur rien de plus qu’une règle artificielle et arbitraire ! Comme toute valeur en ce monde d’ailleurs. Château de cartes, Bitcoin, ou l’illustration de la bulle financière mondialisée, une sorte de paroxysme de bulle, qui explosera – j’aimerais bien voir ça – en un hack géant, renversant ledit château.

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