GIF : success story

Chronique de la Place de la toile du 23 février 2013 : « Une histoire politique de l’informatique » avec Paul N. Edwards

Pourquoi y a-t-il encore du GIF sur la toile ? 

Eh bien précisément parce que ce n’est ni tout à fait de l’image, ni tout à fait de la vidéo, parce que c’est un format léger, potentiellement viral, parce que ça se fabrique et s’échange facilement, parce que comme devant le mouvement d’un livre animé dont on fait défiler les pages, il y a là quelque de merveilleux.

Le livre animé remonte au Moyen-Âge et il existe toujours, alors pourquoi pas le GIF après tout ? En l’occurrence, la question serait plutôt : pourquoi les GIFs animés, qui sont en fait une extension dynamique du format d’image GIF, nés deux ans après en 1989, rencontrent-ils un tel succès ? Il se murmure qu’un festival du Gif animé pourrait même avoir lieu, à l’initiative de nos amis de l’Atelier des médias sur RFI, à… Gif sur Yvettes dans l’Essonne.

A lire le NYT, le GIF serait à l’internet ce que le vinyl est à la musique : un truc « bobo vintage » sorti du grenier, un truc d’amateur, mais de vrai, de celui qui sait comment ça se passe, mais vraiment. D’ailleurs, en attendant le festival à la française, je lis que le GIF a déjà envahi certaines expositions, comme à Miami en décembre dernier à l’initiative de Tumblr, plateforme de blog où les GIFs s’épanouissent. Voyez par exemple le tumblr gif gif gif gif gif.tumblr.com, des dizaines de nouveaux GIFS chaque jour, en référence à l’actualité, reprenant telle scène de film (avec sous-titres), telle réaction d’oscarisé… tel geste, telle émotion, telle gamelle… et j’en passe.

shoot

Pourquoi un tel succès du GIF ? Parce que c’est une forme d’hommage à l’histoire de l’internet, à la photographie, au cinéma et à l’art en même temps, confère la catégorie « Techniques d’animation » sur Wikipedia pour tout savoir sur la « Rotoscopie » ou tiens ce billet de blog : « La représentation du mouvement dans une image fixe ». Histoire de l’internet, je reprends : le format GIF a été créé par CompuServe à la fin des années 80, CompuServe fut l’un des premiers fournisseurs de services et notamment de courriels, plus tard racheté par AOL. Bon, mais pourquoi une telle notoriété pour un format d’image ?

Aujourd’hui, le GIF animé est utilisé tous azimuts, y compris dans des articles journalistiques, il est un support idéal de « storytelling » ; je lis ça dans un article de Slate : le GIF en politique peut illustrer un élément de langage, en sport il permet de comparer des phases de jeux à première vue semblables, voire de livrer un individu à la vindicte. Souvenir à ce propos : lors du dernier Euro de foot, été 2012, France-Espagne, quart de finale, Alonso marque de la tête le premier but de l’Espagne. Plus tard un GIF qui avait alors beaucoup circulé, un « .gif de la honte » montrait, flèche à l’appui, l’absence totale de repli défensif de Malouda… Je dis « montrait », mais je devrais dire « montre », car le propre du GIF est de tourner en boucle, perpétuel présent perpétuellement offert : le GIF est un gift.

D’ailleurs faut-il dire Guif ou Jif ? Sur cette page de la prononciation du GIF on se montre péremptoire : il faut dire JIF. Mais en français le G anglais se prononce « Ji » là où le J se dit « Djay » Donc en fait je sais pas comment dire. Paraît même que le vrai JIF, ce serait le JPEG, format d’image bien connu et plus récent, car le nom complet du JPEG est « Jaypeg interchange format »… acronyme JIF. Le Gif animé, pour Graphic Interchange Format, devrait donc lui se prononcer GUIF. Bon, mais pourquoi cette chose est-elle si populaire ? Napoléon disait « un bon croquis vaut mieux qu’un long discours » ; aujourd’hui Napoléon Dynamite le nerd du film du même nom préciserait : « et un croquis dynamique mieux encore ! ». Pour déformer une autre maxime, de Godard cette fois, l’intérêt du GIF n’est pas tant de « confronter des idées-vagues avec des images claires » qu’avec des images propices au surf. Logique.

Voir aussi ce texte de Nicolas Thély : « Rafraîchir les formes faibles » (pdf)

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2 Commentaires

  1. Pingback: Marissa Mayer, executive woman | Du fixe et du flux

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