Les entrepôts d’Amazon

Chronique de la Place de la toile du 5 janvier 2013 : « Vers l’homme simplifié ? » avec J-M. Besnier.

Aujourd’hui, il veut que j’entre dans les entrepôts d’Amazon.

A l’origine de cette question, j’imagine, ces photographies saisissantes qui ont circulé sur les réseaux il y a quelques semaines – fin octobre, à en croire ma petite recherche sur twitter – une série de clichés qui montre un énorme entrepôt d’Amazon, ses innombrables rangées de livres et d’objets en tout genre, ses étages de cartons et son vaste circuit de tapis automatiques – oui, car si Amazon a fait sa réputation grâce à la vente de livres, l’entreprise fondée par le libertarien Jeff Bezos vend aussi des films, de la musique, des logiciels, des jouets, des bijoux et même de la nourriture, ce qui en fait de loin la première e-entreprise de vente au détail au monde.

Ce qu’on voit sur ces photos, c’est une sorte d’hypermarché minimaliste, un hangar qui s’étale à perte de vue, sans tête de gondole, sans couleurs criardes, sans bandeaux publicitaires. Entre ces rayons plein de marchandises, des personnes, bien vivantes, avec des chasubles oranges et des petits boîtiers électroniques qui tantôt scannent, tantôt transportent des chariots encombrés de caisses jaunes, tantôt emballent, re-scannent puis chargent le tout dans des fourgonnettes postales.

 

Amazon cet empire… je parcours les 72 diapositives d’une étude marketing réalisée par FaberNovel en 2011. C’est fascinant l’émergence d’un empire capitaliste. Tenez par exemple, le fait qu’Amazon a toujours su absorber ses déficits, comme lorsque la bulle internet a explosé, et de façon générale le fait qu’elle n’ait pas peur de vendre à perte certains produits, certaine de se rattraper sur la longue traîne. Amazon possède aussi (notamment) IMBD, l’historique base de données sur le cinéma. Amazon c’est aussi, plus surprenant, un studio de production de films en ligne, et enfin, last but not least, des services informatiques – le fameux cloud au sujet duquel j’ai déjà eu une conversation avec toi, ordinateur. Un sigle : AWS, pour Amazon Web Service : des serveurs qui hébergent notamment le ministère de l’agriculture américain, Dropbox, le site du Guardian ou voyagessncf.com ; des offres de cloud qui battent toute concurrence… c’est aussi ça, surtout ça, de plus en plus, Amazon : des entrepôts virtuels.

amazon over the yearsMais revenons à nos entrepôts physiques : l’histoire d’Amazon commence dans un garage de 40m2 (on est bien dans la mythologie du gus dans un garage avec un ordinateur qui a soudain l’inspiration qui lui rapportera gros). Et aujourd’hui ? Presque 80 entrepôts, équivalents plusieurs millions de m2. Grâce à une chaîne logistique informatisée directement inspirée de celle des supermarchés Walmart (cf. l’étude de FaberNovel) et des logiciels qui comparent en temps réel les prix pour proposer le meilleur… Amazon assoit son monopole sur la vente en ligne. Son credo : « une seule constante, le changement ». Ces entrepôts ont d’ailleurs un nom bien particulier : « Fulfillement centers », des centres d’accomplissement – accomplissement de vos rêves matérialistes les plus inavoués. Ah, ça y est : j’ai mis la main sur la liste complète de ces entrepôts dans le monde. Il y en a trois en France – dont le dernier a bénéficié de subventions régionales ! – bientôt 4, avec l’ouverture prochaine d’une plate-forme dans le Nord-Pas-de-Calais, d’autres aux Royaume-Uni, en Allemagne, en Italie, en Espagne, au Japon, en Chine, bientôt en Inde.

Mais je ne sais toujours pas où ont été prises les photos dont je suis parti. Peut-être ont-elles suivies ce reportage d’ABC lors du « cyber-monday » – le lundi qui suit la fête de Thanksgiving aux Etats-Unis, un jour où les ventes explosent. On y voit un journaliste suivre le parcours d’une commande passée sur le site d’Amazon. Il commande un jeu vidéo avec sa tablette à l’extérieur d’un entrepôt à Phoenix, puis il entre à l’intérieur ; la commande arrive sur le boitier d’un employé, qui va chercher le produit dans un rayon où les objets sont rangés chaotiquement – ça fonctionne mieux comme ça, chaotiquement (tout cela est théorisé) ; le produit sera plusieurs fois scanné avant envoi, tantôt par des machines tantôt par des humains ; le reportage se termine sur le pas de la porte du journaliste, où le paquet est finalement arrivé. Ces photos d’entrepôt se sont retrouvées sur imgur, et sur reddit, générant des milliers de commentaires… où l’on ne manque pas de rappeler les combats livrés par certains employés de ces entrepôts, embauchés comme auto-entrepreneurs, exploités dans des entrepôts surchauffés où l’on ne court jamais assez vite entre les étals.

PS : En fait, merci à Simplicissimus, il semblerait que ces photos viennent de Swansea au Pays de Galles pour la plupart.

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2 Commentaires

  1. Pingback: Bilderberg numérique | Du fixe et du flux

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