They own the cables

Chronique de la Place de la Toile du 8 décembre 2012 : « Digital labor : portrait de l’internaute en travailleur exploité » avec Antonio Casilli et Yann Moulier-Boutang.

Merci à liotier pour ses éclaircissements.

A qui appartiennent les câbles de l’internet en France ?

Vraiment, c’est ça la question ? Mais je comprends pas, il veut connaître la part de tuyaux qui revient à Orange, la part qui revient à SFR, à Free à Numericable etc. c’est ça ? Idéalement pour répondre à cette question il faudrait que je puisse scanner la surface terrestre… Idéalement, ce scan ferait apparaître la matérialité du réseau sous nos pieds… Idéalement cette cartographie du réseau souterrain aurait un code couleur qui renverrait aux noms des différents opérateurs télécoms, fournisseurs d’accès à internet, opérateurs de transit,  fabricants de câbles etc. Evidemment, tout cela se brouillerait aux points d’interconnexion, c’est-à-dire là où les câbles terrestres rejoignent les câbles sous-marins, là où ils traversent les frontières nationales. Des satellites doivent pouvoir faire ça non, scanner la surface terrestre ?

Je chatte un peu avec Andréa Fradin. Elle travaille sur cette question de l’infrastructure matérielle de l’internet pour owni.fr.  Elle me renvoie vers les cartes de Telegeography, une boîte qui cartographie les câbles sous marins dans le monde. De jolies cartes… (ah oui, quand même, un câble de 13 000 kms relie Marseille à Mumbai). En France, une filiale d’Orange possède des câbliers, et une autre, chez Alcatel-Lucent et Louis Dreyfus Armateurs…  Moi je voudrais une carte des câbles terrestres nationaux, mais ce genre de cartes n’existe pas.

Alors à  qui appartiennent les câbles de l’internet en France ? Non mais de quoi on parle sans rire ? Des câbles de l’AsymétriqueDSL ? Câbles en cuivre qui recouvrent les câbles téléphoniques ? Non, ça c’est du passé. La propriété d’Orange et SFR surtout, et tous les autres FAI loin derrière. Sauf que l’heure est désormais au très haut débit, ou THD [voir les derniers chiffres de l’ARCEP] ; et les câbles du THD sont en fibre optique [et la France est à la traîne mais Fleur Pellerin assure qu’en 2022, ce sera bon pour tout le monde ; cependant les opérateurs aiment le cuivre, déjà amorti et rentable, et privilégient les zones urbaines denses aux zones rurales ; ils ne s’étaient toujours pas servi en octobre dernier du milliard d’euros mis à disposition par l’Etat pour financer les infrastructures de THD. Et Free a l’air de s’en fiche]. Je vais me concentrer sur la fibre optique ou FTTx pour Fiber to the x, fiber to the « quelque chose », par exemple « fiber to the building », la fibre qui va jusqu’au bâtiment ou l’immeuble (c’est la technologie choisie par Numericable, le seul cablo-opérateur français) ; ou bien alors « fiber to the home », la fibre qui va jusqu’au foyer, plus rapide puisqu’elle va jusqu’au domicile de l’internaute au lieu de s’arrêter au pied du bâtiment – avant d’être complétée par un fil de cuivre ou RJ45 à l’ancienne (d’aucuns disent d’ailleurs que cette technologie, la FTTH, la fibre jusqu’au foyer, est la seule qui mérite l’appellation THD). Ne pas se perdre dans Wikipédia, surtout.

Alors, à qui appartiennent les câbles de l’internet en France ? Bon bah à Orange, SFR, Numericable, Free et Bouygues qui a acheté des fibres à SFR. On les croise, parfois, dans les cages d’escaliers, ils viennent installer des fils et des boîtiers bizarres (c’est d’ailleurs absurde de voir 15 réseaux wifi dans un immeuble là où un suffirait mais passons). Je refais le parcours. Une boîte dans le salon, un câble dans la cage d’escalier, qui rejoint le tuyau du fournisseur loué ou acheté à un autre opérateur, qui rejoint un noeud de raccordement, puis un réseau tiers, puis un serveur, et on avance comme ça, jusqu’aux 13 serveurs sources du Domain Name SystemQui les fabrique ces câbles ? Il y a bien une boîte qui s’appelle Nexans, anciennement « Câbles de Lyon », leader mondial du marché. Puis ? Ça passe par où ? Sous les autoroutes, les voies ferrées, sur les ponts, au niveau des grands axes en somme… et de fait, on les voit surtout quand il y a un accident ces câbles, comme récemment lors d’un incendie sur le pont Mathilde à Rouen, qui a entraîné une coupure d’Orange.

Puis on va sur le site de l’ARCEP, l’autorité de régulation (ce site a quand même un style très vieillot, ça tranche avec l’objet dont il est question) et là on télécharge un gros doc qui explique les procédures à suivre pour demander l’autorisation à la collectivité de tirer un câble. Tiens, un lexique : des mots comme « chambre », « fourreau »… La chambre, c’est un « ouvrage de génie civil enterré permettant le tirage et le raccordement de câbles » et le fourreau, « désigne toute gaine, tout tube ou toute canalisation en conduite souterraine permettant la pose de tubes, de sous-tubes ou de câbles ».

Alors à qui appartiennent les câbles de l’internet en France ? Sachant que les opérateurs mutualisent les investissements, qu’ils n’exploitent pas toujours ce qu’ils possèdent et réciproquement, qu’ils se louent les fourreaux entre eux, et qu’il y a autant de routes optiques et donc d’usage potentiellement différents (télévision, téléphonie, Internet, militaire etc.) qu’il y a de fibres dans un câble – jusqu’à 800 me disait-on ; si l’on ajoute à cela le fait que les opérateurs nationaux ne se disent pas tout étant donné le caractère stratégique de ces d’infrastructures, ce sont finalement des dizaines de milliers d’objets différents qui sont impliqués à chaque nœud d’un réseau dont le caractère principal, on l’aurait presque oublié, est d’êtretransnational. Eh bien ça y est, je nage.

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