Reboot

Chronique de la Place de la Toile du 24 novembre 2012 : « Gestes et Fourchettes » avec Nicolas Nova et Sarah-Maud Beauchesne.

Pourquoi le fait de redémarrer son ordinateur résout la plupart de nos problèmes informatiques ?

Voilà une question un peu stupide a priori, c’est d’ailleurs un running gag de la série britannique The IT Crowd qui met en scène des personnages au sein d’un département informatique. Systématiquement lorsqu’ils décrochent leur téléphone, les geeks de la maintenance demandent: « Êtes-vous sûr qu’il est bien branché ? » « Avez-vous essayé de redémarrer l’ordinateur  ? »

Dans le meilleur des cas, mon ordinateur me parle : erreur système – redémarrer l’ordinateur. Mais parfois l’ordinateur ne me dit rien. Mais je redémarre quand même, c’est comme une seconde nature, je redémarre ou reboot. De toute façon je viens de martyriser les touches de mon clavier, j’ai appuyé 15 fois sur la touche Echap, le pointeur de la souris s’est figé en sablier ; si je suis sur un PC ou sur Linux j’ai bien tenté un ctrl+alt+delete mais rien n’y a fait. A bout de nerfs, je maintiens le bouton d’allumage enfoncé quelques secondes : écran noir, pause, soulagement, tout devrait rentrer dans l’ordre. Vient alors la question apparemment débile qu’on ne se pose jamais : à quoi tient le caractère salvateur du reboot ?

Je vous passe l‘origine des mots Boot et Reboot, amorçage en français. Sur Google, il y a des centaines de milliers de résultats qui expliquent ce que ça veut dire, rebooter, redémarrer, à ne pas confondre avec réinitialiser ou reformater, opérations qui consistent pour le coup à réinstaller le système d’exploitation avec le cd de windows qu’on a généralement perdu en jetant les cartons de l’ordinateur… Là on ne cherche pas à retrouver son ordinateur comme à sa sortie d’usine, simplement à le déboguer. Donc on relance le programme initial, le système d’exploitation, celui qui communique avec la machine, et qui permet aux autres programmes, les logiciels, de fonctionner tout en continuant à parler la langue de la machine. Et ça produit l’effet d’une une bonne nuit de sommeil. C’est comme une recette de cuisine qu’on reprendrait à l’étape 1, avant d’avoir mis trop de farine ou d’oublier un oeuf. Il s’agit pas de faire table rase hein, et ce qui est enregistré dans la mémoire dite morte de l’ordinateur, sur son disque dur, est conservé. Ce qui est réamorcé, c’est la mémoire vive de l’ordinateur. [Pour ne rien dire de la mémoire flash].

Redémarrer, à l’échelle de l’individu, c’est comme une suppression de la mémoire à court terme, comme si on était capable de se débarrasser des obsessions du moment, sans passer par un lavage de cerveau (à la limite l’image du lavage d’estomac conviendrait mieux) ; on récupère ainsi de la place pour nourrir d’autres obsessions moins…ralysantes. Stéphane Bortzmeyer a répondu au mail que je lui envoyais sur le sujet : « Argh question piège », me répond-t-il. En gros, à bien le lire, il faut comprendre la différence entre l’action demandée à l’ordinateur, un clic, une commande – qui est toujours la même – et l’état actuel de la machine – l’infinité des états possibles de la machine. C’est l’infinité des états possibles de l’ordinateur qui rend son débogage si difficile. « En redémarrant, on repart d’un état connu, et déjà testé, l’état initial (qui est toujours le même). Le programme a donc plus de chances d’avoir le comportement attendu. »

Là où la comparaison avec l’individu est limitée, c’est que dans notre cerveau, le stockage de l’information et son traitement sont simultanés, ce qui n’est pas le cas de l’ordinateur (je lis que ça pourrait changer bientôt). Von Neumann, un de pionniers de l’informatique a d’ailleurs théorisé cette différence entre stockage et traitement de l’information et les problèmes qu’elle engendre… On parle du  «  goulot d’étranglement  » de von Neumann (von Neumann bottleneck) : l’idée c’est qu’entre le réservoir d’information – la mémoire – et le moteur qui la sollicite dans un sens et dans l’autre – le processeur – il y a toujours un risque d’embouteillage. Si je résume… ouais en fait non, je laisse le mot de la fin à Carry de Sex and the City, s04e08 :

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2 Commentaires

  1. fluxetfixe

    J’ajoute ici un commentaire envoyé par mail ; merci à son auteur pour la précision :)

    Dans votre chronique lors de l’émission « Gestes et fourchettes », vous
    avez appelé « mémoire morte » le disque dur. Or, une mémoire morte est à
    priori en lecture seule (elle contient par exemple le système minimum
    permettant le boot de l’ordinateur) Le disque dur est plutôt nommé
    ‘ »mémoire de masse ».

  2. Pingback: L’aveu de Bill Gates | Du fixe et du flux

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